Santé et survie : le destin brisé des mères et filles du « Triangle de la pauvreté »

ven, 17/04/2026 - 20:10

 

Croyez-le ou non… voici la Mauritanie profonde, et plus précisément le “triangle de la pauvreté”. Des filles en pleine jeunesse dont le plus grand rêve ne dépasse pas l’obtention d’une simple ration d’eau pour survivre. Des mères qui s’éloignent des villes pour délivrer loin de toute prise en charge médicale. Le résultat cumulatif de cette situation familiale misérable est la naissance d’une génération d’enfants rapprochés en âge, qui grandissent dans des terres arides et des eaux stagnantes, ne connaissant de la vie que ces marigots insalubres qui servent de source d’eau pour toute la communauté .

L’abandon de la mère et de l’enfant

J’ai visité l’ensemble du triangle de la pauvreté en Mauritanie. J’y ai vu des adwaba misérables et assoiffés, et j’ai rencontré des femmes enceintes dont aucune n’a jamais mis les pieds dans un poste de santé, ni pendant la grossesse ni au moment de l’accouchement. Les enfants y grandissent sans aucun suivi médical ni vaccination.

Ainsi, les mères subissent une négligence qui aggrave leur souffrance, déjà accablée par une pauvreté chronique.

Pad de statistique officielle concernant la mortalité néonatale ni les maladies affectant les mères pendant la grossesse et l’accouchement, en raison de l’isolement de ces localités, coupées des autorités publiques et des organisations internationales. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les drames se répètent chaque année, et que la culture du planning familial ou de l’espacement des naissances est totalement absente. La plupart des naissances sont très rapprochées, au point que les enfants semblent être des jumeaux, alors qu’ils ne sont séparés que d’une ou deux années tout au plus.

Des filles mineures dans un labeur incessant

Cheïba est l’une des nombreuses histoires illustrant la négligence dont souffrent les jeunes filles dans cette région. Les plaines arides de l’« Aftout », « Adabay Lembeydi’ » et la vallée de « Lembeyzir » témoignent de son histoire sans étonnement.

C’est une jeune fille, encore mineure, mais dont les nuits comptent comme de longues années, à cause d’un travail incessant pour survivre, nourrissant l’espoir d’un jour meilleur.

Les soleils brûlants de « Bourat » lui ont volé son enfance, et voleront sa jeunesse si la situation reste inchangée. Les vents de sable ont marqué son regard, et de sa sueur constante, il ne reste que des rides précoces sur son visage et des fissures profondes sous ses pieds nus. Pourtant, elle n’a pas encore atteint ses seize ans.

Lorsqu'elle regarde à sa droite, elle ne voit qu'une baraque délabrée ; à sa gauche, elle aperçoit le soleil se reflétant sur une mare stagnante, piétinée chaque jour par le bétail.

Née à Adabay Lembeydi’, au cœur des adwaba de Bourat, Cheïba est issue d’une lignée de déshérités, à l’instar de tous les habitants de ces contrées oubliées. Son existence n’est qu’un labeur de chaque instant dans une région où l’être humain, pris dans l’étau de la privation et broyé par la fatalité de la pauvreté, en est réduit à disputer quelques gouttes d’eau aux bêtes, à plusieurs kilomètres de son foyer.

Une quête quotidienne d’eau insalubre

Dès l’aube, quand les premiers rayons percent à travers les acacias, Cheïba retrousse ses manches. Munie de son bâton, elle attelle son âne à une charrette et entame son périple. Elle emporte une vingtaine de bidons vides, direction la vallée, à la recherche de l’eau.

Arrivée à la mare stagnante près du barrage d’« Embeyzir », elle descend pieds nus, accompagnée de l’enfant de son frère. Elle plonge son seau à plusieurs reprises, mais ne remonte que de la boue piétinée par le bétail depuis des jours. La soif est telle qu’elle est contrainte d’en boire elle-même avant de remplir ses récipients.

Elle répète ce geste jusqu’à remplir tous ses bidons, puis, dans un effort pénible, charge le tout sur la charrette et rentre auprès des siens.

Elle confie à Echourouq Media : « Cette situation dure depuis que j’ai conscience de la vie. Je veux vivre comme les autres filles du monde. J’espère qu’un jour ces souffrances ne seront plus que des souvenirs. Je veux voir arriver le jour du repos, avec de l’eau potable à domicile, pour retrouver ma féminité volée. Nous ne supportons plus cette misère. Nous avons besoin de quelqu’un pour nous sauver de la maladie et de la perte. L’eau que nous buvons est un mélange de boue, d’urine animale et d’impuretés. Qui se soucie de nous ? »

Grands risques sanitaires

Les puits de la vallée d’« Embeyzir » ne sont en réalité que de simples trous où s’accumule de la boue retenant un peu d’eau, d’une couleur jaunâtre et trouble.

Malgré cela, les filles de la localité n’ont pas d’autre choix que de s’y approvisionner, quel qu’en soit le prix, même si cette eau est mêlée à toutes sortes d’impuretés, sans conscience des conséquences graves sur leur santé et leur avenir reproductif.

Ainsi vivent les filles de ces adwaba, à l'image de Cheïba. Ainsi vivent toutes ces femmes et ces jeunes filles qui ont un besoin pressant d’attirer l’attention des autorités nationales et des partenaires au développement, afin que leur calvaire soit enfin pris en compte. Elles subissent au quotidien la consommation d’eaux insalubres, un abandon sanitaire et des conditions de vie inhumaines. Sans une intervention rapide, ces populations sont exposées à des risques sanitaires imminents, dont les plus préoccupants sont des affections gynécologiques sévères, des risques accrus d’infertilité et une hausse de la mortalité fœtale et néonatale.